Je passe aux aveux !

(version électronique et brochée)

Clins d’œil, ivresses et quiproquos

Je passe aux aveux ! est un recueil de petites histoires cueillies à droite et à gauche au hasard de la vie, de ces événements qui pourraient passer inaperçus, s’ils n’étaient observés sous un œil amusé ou enchanté. D’anecdotes à pouffer de rire à des événements forts en émotion en passant par des quiproquos hilarants, enfin tout ce qui pimente la vie et qui mis bout à bout ressemble fort au bonheur.

Une sélection de mets savoureux et pétillants sous la langue.

 – Extraits –

La Place Blanche est l’un des lieux les plus photographiés de Paris. Grâce à la présence du Moulin Rouge, monument majestueux dont les ailes pourpres découpent inlassablement les cieux, dans l’attente de nouvelles années folles. Les personnes qui piétinent cet endroit arborent fièrement leur appareil photo posé sur la poitrine et que vous le vouliez ou non vous faites partie de leurs photos souvenirs, quel que soit le détour que vous essayez habilement de prendre lorsque vous traversez la place.

Les premiers temps je m’arrêtais pour les laisser prendre leurs instantanés, mais très vite je me sentais traquée, encerclée, incapable de faire un pas sans gêner le groupe suivant. Alors j’ai fini par accepter la célébrité. Mon visage est apparu dans les albums photos du monde entier et des films de moi ont circulé sur Pikeo ou Dailymotion.

Mais ma popularité grandissant, il m’en fallait plus.

Il fallait que j’immortalise leurs photos, que je représente la parisienne-type qu’ils pourraient montrer du doigt, fiers d’avoir appartenu le temps d’un séjour à cette fabuleuse vie de Paris dont ils rêvaient adolescents, m’ayant aux côtés de leur épouse ou de leur fils, de leur mari ou de leur nièce.

Choisir le moment propice serait un exercice de haute voltige. Cela se jouait à la seconde près.

Je choisis un dimanche après-midi très ensoleillé, comptant sur la forte lumière pour ralentir la réaction des quidams lorsque j’accomplirai ma mission humanitaire, et me dirigeai vers le célèbre boulevard de Clichy qui accueillait en son sein le non moins légendaire Moulin Rouge. J’étais comblée. L’endroit fourmillait de touristes venus des quatre coins du monde et je n’avais que l’embarras du choix.

Je jetai mon dévolu sur un groupe de piétons japonais avides du moindre détail à imprimer sur la pellicule. Je les avais remarqués quelques minutes plus tôt prenant en rafale un malheureux crêpier, l’air blasé, qui farcissait une énorme crêpe de fromage.

J’attendis que l’un d’eux prenne la pose devant le moulin puis je m’approchai subrepticement. J’avais encore deux ou trois clichés devant moi, ce qui était largement suffisant […]

  ***

[…] C’est à ce moment précis que j’aurais dû me méfier.

Finalement mon interlocuteur ouvrit la bouche : « …Non, pas de versement….

—    Rien aux alentours de 700 euros ? », m’aventurai-je, un sourire Signal Plus aux lèvres.

« …Non…. ce n’est pas un débit, par hasard ? Parce qu’en revanche vous avez un prélèvement de 4770 euros… et 36 centimes ! »

Il semblait fier.

« Un QU…QUOUAC… ??!, m’étranglai-je.

—    Oui, 4770 euros et 36 centimes, de la société xxx.

—    Ce n’est pas possible, dis-je, c’est la société même qui me paye habituellement. Non, ce ne peut se passer dans l’autre sens. Vérifiez bien. »

… A nouveau un silence complet, qui s’étira tel un ruban lâché au vent. Mon esprit entre-temps faisait du vélo en roue libre tandis que j’essayais de comprendre d’où pouvait provenir l’erreur. Car il y avait bien sûr erreur, il ne pouvait en être autrement.

Je tentai une approche désespérée : « Suis-je encore en positif ? »

… Silence (je commençais à être habituée) …

« Euh… oui, vous êtes encore en positif. De 1202 euros … et 25 centimes ! »

Tout semblait de plus en plus incohérent. J’étais censée, selon les découvertes du percepteur royal de mon agence, baigner dans la lie de l’horrible rouge qui fait le bonheur de toutes les banques, et je restais pourtant au-dessus du zéro fatidique, et me hissais même jusqu’à + 1202 euros, et 25 centimes.

Je persistai néanmoins : « S’il vous plaît, regardez encore une fois et dites-moi qu’il y a une erreur d’écriture, ou de compte, ou quoi que ce soit qui s’appelle une erreur.

—    … N…Non non, c’est bien cela. Moins 4770 euros e…

—    …et 36 centimes. Bon, je vais appeler la société en question et voir si l’erreur provient de chez eux. Merci, au revoir. »

Quelque chose pourrissait dans le royaume de ma banque. L’efficacité habituelle n’était pas au rendez-vous et j’avais presque pris peur. J’appelai cependant la fameuse société en question – qui me nourrissait, merci, merci à elle, régulièrement – et demandai à parler au comptable. Celui-ci s’enquit immédiatement de la chose auprès de sa propre banque et m’assura qu’aucun prélèvement n’avait été effectué sur mon compte à leur propre bénéfice.

Il ne restait que deux explications : [….]

  ***

La rue dans laquelle je vis n’a pas la réputation d’être une rue calme avant 1h30 du matin en été, le pavé se peuplant de noctambules qui s’essayent à tue-tête à faire résonner les murs des immeubles si rapprochés de Paris. Je m’y suis adaptée et j’arrive maintenant à m’endormir malgré les échos. Les éclats me réveillent parfois, mais je me rendors assez vite.

Ce matin-là n’était pas l’un d’eux. J’étais réveillée depuis 1h20 et le sommeil m’avait quittée pour de meilleurs cieux. Je flânais donc dans mon bureau, lisant un peu, buvant un verre d’eau, parlant à mes plantes. Vers 2h, je me mis à la fenêtre pour apprécier le silence qui s’était installé depuis une demi-heure.

Quelle ne fut pas ma surprise alors de voir deux taggeurs, en bas de mon immeuble, occupés à peindre le trottoir d’en face ! Je leur criai : « Arrêtez, les murs sont déjà suffisamment sales comme ça pour que vous n’en rajoutiez sur les trottoirs ! ».

Les deux jeunes hommes pris sur le fait regardèrent autour d’eux l’air effrayé, avant de repérer la personne – en l’occurrence, moi – à qui la voix d’outre-tombe qui venait de les sermonner appartenait.

Ils ne ressemblaient pas vraiment à des repris de justice et me faisaient plutôt penser à des gamins sortant d’une école d’art. Ce qu’ils taggaient sur le trottoir était un énorme fœtus bleu de forme primaire. Pas extraordinaire, mais le bleu était apaisant.

J’attendais leur réaction, les fixant toujours, les bras croisés. L’un d’eux me dit alors, d’une voix timide : « Au moins il y a un avantage. »

Moi, interloquée : « Mais QUEL avantage ?!

[…]

***

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