Articles Tagués ‘liberté’


Je reçois régulièrement – ayant trempé dans le milieu des artistes interprètes il y a de nombreuses années – les informations de la Spedidam (la Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes), ou en clair l’organisme qui s’occupe de reverser leur argent aux dits artistes.

En lisant l’autre jour leur dépliant, qui parlait des nouveaux enjeux face aux modes d’exploitation et de consommation des produits culturels actuels, je me disais : mais combien d’artistes jeunes aujourd’hui sont capables de véritablement comprendre ce que je suis en train de déchiffrer péniblement, malgré mes études littéraires ? On ne pouvait être plus obscur, plus alambiqué, plus insouciant d’être compréhensible.

Nous nous trouvons aujourd’hui devant une faille de plus en plus large entre une population très cultivée – qui cherche à ne fréquenter que ses pairs mais devient minoritaire – et une masse plus ou moins jeune qui n’a pas compris que la culture et l’instruction scolaire ne se résumaient pas à connaître la couleur du string de Shakira et les abréviations sms qui évitent d’avoir à réfléchir sur la grammaire. Ou encore qui ont banni la lecture à la faveur d’une télé décérébrante (ne cherchez pas, j’ai inventé le mot à partir de « décérébration »).

Entre les deux, des gens s’accrochent aux rebords de la falaise, cherchant à se faire comprendre de tous sans pour autant vouloir descendre jusqu’à un vocabulaire onomatopéique. Au passage, les singes sont en train de bien mieux comprendre les hommes qu’auparavant…

Comment devant ce constat journalier dans nos rues, dans nos écoles, chez nos voisins, ne pas voir se profiler la véritable dictature – mondiale, celle-ci – posant lentement mais sûrement ses bases sur une inculture contagieuse ? Comment ne pas s’inquiéter de ces personnes quasiment illettrées qui ne comprennent pas ce qu’elles lisent, qui ne sont pas capables de faire la part des choses, d’analyser, de réfléchir, de critiquer, de se faire une opinion de façon autodéterminée, mais qui suivent celui (ou celle, mais rarement) qui aura crié le plus fort ?

Ne nous leurrons pas, nous sommes tous responsables à un certain niveau de ce qui arrive, que ce soit par nos actions, ou par nos inactions passées et présentes, par notre peur de nous immiscer (« ça ne me regarde pas ») ou par notre peur de parler à « l’autre », de lui rappeler nos valeurs et les inaliénables droits de l’Homme. Il n’est d’ailleurs pas trop tard pour retrousser nos manches et remettre un peu de comportement éthique là où il manque, individuellement et collectivement.

S’il est un message en tout cas que j’ai envie de faire passer, c’est que si la jeunesse ne fait pas tout pour se sortir de cet illettrisme, si elle ne fait pas tout pour se cultiver, elle aura perdu sa liberté et sera à la merci d’une puissance bien au-dessus d’elle qui la manipulera exactement comme on le fait en tirant sur les fils d’une marionnette. Ce n’est pas un appel à la révolte car son prix n’est que le sang et la répression, c’est un appel à l’intelligence et à l’instruction.

Quant à ceux – et j’inclus tous les « représentants des peuples » – qui ne jurent que par les mots les plus compliqués d’une langue pour s’exprimer, je leur dis : « Descendez dans le métro ! Puis réécrivez vos textes. »

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Je lisais l’autre jour un article sur la visualisation et le Système d’Activation Réticulaire (nom barbare pour parler d’un bout de cerveau), qui a priori déciderait à notre place quoi retenir.

Je recopie là deux lignes que j’ai lues : « C’est le SAR qui décide ce qui est digne d’attention et ce qui ne l’est pas. Aussitôt qu’il juge qu’une information vous concerne au plus haut point, il ‘réveille’ votre cerveau qui l’absorbe. »

Un nombre incroyable de coaches sur le Net arguent de leur côté qu’il suffit alors de regarder un tableau de visualisation et hop, notre SAR attrape le tout et nous le ressert sur un plateau quand on en a besoin, en conditionnant nos actions et réactions.

Alors je pose une question tout bête, toute simple : à ma droite, un SAR qui visiblement a décidé à l’avance ce qui est ‘digne d’attention’ et dicte au cerveau ce qu’il doit enregistrer (un peu despotique, le bout de viande) ; à ma gauche, une visualisation consciente d’un objectif désiré…  Ô ben alors qu’est-ce qu’il fait le petit SAR, pendant que quelqu’un d’autre décide quoi regarder ??

Et ben voilà, il se fait avoir ! D’abord, si on regarde les choses d’un peu plus près, quelle est la conscience qui le fait choisir une information plutôt qu’une autre en fonction de la situation ? Qu’est-ce qui motive le SAR à sélectionner tel type de données et non tel autre ?

Et maintenant, si on oblige le petit SAR à se mettre en branle avec des images subliminales et à donner un coup de pied au cerveau pour le réveiller, est-ce qu’il ne va pas s’énerver un petit peu ? Est-ce qu’il ne va pas dire « Hé ho, là, c’est moi qui commande, ok ?! »

Tout ça pour dire que tout ce fatras est encore une invention lamentable pour nier que l’être puisse être autre chose qu’un robot conditionné.

Ou alors ce serait mon SAR qui a trouvé digne d’attention pour moi que je parle de lui et écrive cet article, dans une compulsion débilitante à l’auto-destruction ?

Ce qui est surtout gênant, c’est qu’il existe encore des gens qui essaient de faire croire qu’un morceau de viande s’occupe de nos pensées et de nos émotions…

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